Le rachat d’Electronic Arts par le consortium mené par le fonds souverain saoudien, pour quelque 55 milliards de dollars, ne devrait en rien changer la culture de l’entreprise. Promis, juré, craché par la direction, qui assure que la liberté créative des studios et les valeurs portées par les principales licences doivent rester intactes, notamment pour Les Sims. En interne, le tableau serait cependant moins optimiste. Interrogés anonymement par Game Developer, plusieurs employés d’EA décrivent leurs inquiétudes concernant leur avenir, les inévitables licenciements et l’influence des nouveaux propriétaires. Certains parlent même d’un véritable « état de cynisme » au sein de l’éditeur.

Les employés d'EA inquiets ? « Des petits bébés »

Pour tenter de rassurer ses employés, EA avait notamment organisé une réunion générale à l’automne 2025, peu après l’annonce d’un rachat potentiel. Les salariés y avaient notamment soulevé leurs interrogations et inquiétudes sur l’impact potentiel de l’opération aussi bien sur la culture d’entreprise que sur la sécurité de leurs emplois. Et ils ne savaient sans doute pas encore qu’EA allait s’endetter à hauteur de 20 milliards de dollars pour sceller le rachat. Selon deux sources citées par Game Developer, la réunion se serait en revanche conclue d’une drôle de manière.

Une fois les échanges terminés, le responsable de la branche lifestyle d’EA aurait oublié que les micros étaient encore ouverts. Le cadre en question aurait alors murmuré « des petits bébés », en référence aux salariés qui venaient faire part de leurs préoccupations. Difficile de savoir exactement si cette remarque était dirigée contre eux, mais elle n’a évidemment pas apaisé les esprits.

Un fossé entre les cadres d'EA et les employés

EA : Andrew Wilson à une conférence E3.
Andrew Wilson à une conférence E3.

Plusieurs employés font d’ailleurs état de réponses creuses, trop vagues pour dissiper réellement leurs craintes. Ce n’est pas le seul épisode rapporté par les salariés qui témoigne d’un véritable fossé entre les employés et les cadres d’EA. Lors d’une autre réunion, un dirigeant aurait également plaisanté sur la nécessité d’acheter un nouveau cheval à son enfant, alors que c’était l’année du Cheval dans le calendrier chinois, face à des employés inquiets pour leur avenir. Une boutade particulièrement mal vécue par les intéressés, notamment dans un contexte de licenciements massifs.

« Certains d’entre nous ont du mal à joindre les deux bouts. Certains ont perdu leur travail sans aucune perspective d’en trouver un autre. Je parie que la plupart d’entre nous n’a même pas un seul poney », a commenté l’un des employés au sujet de cet incident. Une autre source estime que « ces gens sont complètement déconnectés de la réalité des employés lambdas. »

Une dette à 20 milliards de dollars qui inquiète les salariés

Avec une épée de Damoclès à 20 milliards de dollars, s’acheter un cheval est la dernière des préoccupations des salariés. EA et ses cadres chercheront inévitablement à faire des économies et à recouper les coûts. Et ce ne sont pas ceux qui ont décidé de massacrer certaines licences en forçant les studios à changer de direction à plusieurs reprises, ou ceux qui ont véritablement fait perdre des millions de dollars à l’entreprise qui en feront les frais.

EA assure que le rachat n’entraînera pas de suppressions de postes « immédiates », mais plusieurs employés s’attendent malgré tout à des coupes dans les mois à venir face à la pression sur les résultats. « Il est difficile d’imaginer que les équipes ou les jeux qui sous-performent ne soient pas dissous ou revendus », estime l’un d’eux. Et quand on voit que l’équipe de Battlefield 6 a été licenciée alors qu’Andrew Ryan, PDG, s’est octroyé un bonus de 38,7 millions de dollars grâce aux bons résultats du jeu, difficile de les contredire.

Un moral en berne au sein des studios

Cet « état de cynisme » généralisé dépasse largement la question économique. « Je me sens sale », explique un des employés au sujet du rachat contrôlé par le PIF saoudien. Une autre source estime quant à elle qu’il est « difficile de se sentir bien » après une telle opération. Les cadres continuent quant à eux d’assurer que le rachat ne remettra pas en cause la liberté créative des studios et la culture de l’entreprise. Pendant ce temps, les joueuses et joueurs des Sims 4, eux aussi soucieux de ce rachat, ont découvert que le site officiel de l’éditeur avait récemment été mis à jour pour retirer toute mention des initiatives liées au mois des Fiertés, notamment « It Gets Better », et les pages thématiques liées aux Sims. Contacté par la rédaction de Game Business, EA a décliné tout commentaire.

Source : Game Business